Châteauneuf, 1656 : Sévère mise en garde de la dame de Ménestreau à propos d'un pré situé à Chamery sur lequel un "droit bourdelier", c'est-à-dire une redevance, lui est dû et n'est manifestement pas honoré. Pour que le message parvienne bien à ses destinataires, le dame le fait lire à trois reprises par le curé de Châteauneuf lors de ses messes de paroisse. Celui-ci lui en délivre d'ailleurs un certificat. La contre-attaque se précise.

Le bordelage dont il est question ici est un droit très lourd car proportionnel à la récolte et n'est pas sans analogie avec le servage même si le tenancier reste une personne libre. (0)

15FVRAC/1 - Archives du château de Menou (AD de la Nièvre)

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Petit moulin de Chaume, Châteauneuf-Val-de-Bargis (© Géoportail)

 

1 - Madame de Menetreau à cause de son fief

2 - Bazin (1) franc aleuf (2) scis en ceste paroisse faict

3 - scavoir qu'il est dependant soubz directe bourdeliere (3)

4 - ung pré scis en la prairye de Chamery contenant

5 - à recueillir huit chariots de foin, tenant au chemin de

6 - Chamery au moulin de Chaume, au pré de

7 - Jean Dumez et aux terres labourable de champt

8 - (Preotereaux) et qu'il luy est deu et à ses auteurs dix années de

9 - directe. C'est pourquoy elle uzera du droict de

10 - commisse (4) faulte du payement de la charge

11 - sur ledict pré et sa proprira (5) icelluy à fin

12 - que nul n'en pretende cause d'ignorance.

 

 

13 - J'ay Charles Beaultour (6) p[rêt]bre desservant la cure de Chasteauneuf

14 - au val de Bargis (certyffié) à tous à qu'il apartiendra avoir

15 - publier le billet cy dessus au prosne de mes messes paroissialles

16 - le dimanche vingt sixiesme mars, deuxiesme et neufiesme

17 - apvril dernier afin que nul n'en pretende cause d'ignorance

18 - pour servir et valloir à ladicte dame de Menetreau ce que

19 - de raison faict et deslivre le present certificat ce jour d'huy

20 - deuxiesme may mil six cents cinquante six./

 

 

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Notes et vocabulaire

(0) - Par convention et pour en faciliter la lecture, le texte original a subi diverses retouches : ajout de majuscules aux noms propres, accents, apostrophes et autres signes de ponctuation indispensables à la compréhension ; développement des abréviations ; suppression des majuscules superflues ; séparation des mots accolés... En revanche, l'orthographe n'a pas été corrigée. Les mots entre parenthèses sont incertains.

(1) - fief Bazin : Le Bazin était un domaine situé au coeur de Châteauneuf, face à l'église, s'étendant sur une dizaine d'hectares : terres labourables et non labourables, prés, patureaux, jardin, chènevière. La culture principale était le blé. On y trouvait divers bâtiments, dont un grand corps de logis où logeait le fermier, une grange, une écurie, le tout ouvrant sur une cour et le grand chemain de La Charité à Varzy. Le corps de logis du Bazin était certainement l'une des constructions les plus importantes du bourg.

Selon l'abbé Charrault (1), l'évêque d'Auxerre fait don, en 1220, d'une vigne et d'une métairie situées à Châteauneuf aux chartreux de Bellary. Cette métairie serait devenue plus tard, toujours selon l'abbé, le fief Bazin.

Une chose est sûre : à la fin du XVIIe siècle, le fief Bazin appartient à la famille du marquis de Menou (2), qui le vend aux religieux le 5 février 1700.

Au temps des Menou, le fief Bazin est ce qu'on appelle un franc-alleu, c'est-à-dire un bien héréditaire possédé en toute propriété, exempt d'hommage et de redevance pour son propriétaire. Mais la famille de Menou perçoit évidemment une redevance des paysans qui font valoir sa terre : 2 sols 6 deniers, 2 poules et 4 boisseaux d'avoine en 1661.

En 1700, donc, le Bazin est acquis par les religieux de Bellary qui vont le conserver jusqu'à la Révolution.

Le 28 février 1791, le domaine du Bazin est acheté par Louis Bonnet, alors maire de Châteauneuf, pour la somme de 16 300 livres (somme six fois inférieure à celle demandée pour la chartreuse de Bellary).

(2) - franc aleuf : Franc-alleu ; bien possédé librement par quelqu'un, sans dépendance d'aucun seigneur, sans hommage ni cens ni aucun droit de mutation (de ce point de vue, l'alleu se distingue du fief ou de la tenure). L'alleu (ou franc-alleu) est l'exception dans la société féodale mais reste encore, à la fin du XVIIe siècle, très fréquent en Bourgogne.

(3) - directe bourdeliere : Le pré en question était donc frappé d'une redevance en argent, grains et volailles, non fixe mais proportionnelle à la récolte, ce qui en faisait un droit très lourd. Le bordelage avait des analogies avec le servage, puisque les biens tenus ne se transmettaient qu'en ligne directe.

(4) - droict de commisse : Droit de commise ; droit qu'a le seigneur de récupérer un fonds concédé, quand le preneur néglige de s'acquitter de ses charges, généralement au bout de trois ans d'arriérés (ce qui est manifestement le cas ici).

(5) - sa proprira : Il faut bien sûr lire "s'appropriera".

(6) - Charles Beaultour : Le nom de ce prêtre, desservant la cure de Châteauneuf, apparaît ici pour la première fois. Il doit donc à la dame de Ménestreau de ne pas être tombé dans l'oubli !

 

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Page créée le 9 mai 2013. Dernière mise à jour le 14 avril 2017.

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