Châteauneuf, 1760 - Renonciation à communauté dans un milieu de manoeuvres du Château. Incapable de gagner sa vie, une veuve, âgée et infirme, subit une nouvelle épreuve. Son fils, avec lequel elle vivait jusque-là, vient de se marier et d'installer sa femme sous le toit familial. Par une "charité" bien ordonnée, le fils accepte de continuer à cohabiter avec sa mère mais à la condition que cela n'entraîne pas la constitution d'une communauté. En effet, l'apport de la vieille femme se réduisant à un mauvais lit et à un mauvais coffre, il n'aurait rien à gagner à cette association. D'autre part, ce serait également prendre le risque de voir un jour la vieille femme revendiquer une part des biens du jeune couple. (0)

Cote : 3 E 8 / 9 - Minutes du notaire J.-B. Bonnet (Châteauneuf-Val-de-Bargis)

 

1 - Ce jour d'huy quinzieme jour du mois de

2 - juin mil sept cent soixante pardevant

3 - les nottaires (1) au duché de Nivernois

4 - resident au bourg de Chateauneuf au val de

5 - Bargis furent presents Marie Lauverjon veuve

6 - Jean Poirier (2) lors qu'il vivoit manoeuvre dem[euran]te

7 - au village du Chateau susditte paroisse de

8 - Chateauneuf d'une part

9 - Pierre Poirier aussy manoeuvre et à son authorité

10 - Françoise Moreau sa femme demeurant au même

11 - lieu et même paroisse d'autre part

12 - laquelle Marie Lauverjon nous a declaré qu'apres

13 - le deceds de Jean Poirier son mary il luy a laissé

14 - tres peut d'effets mobiliers qui onts servy à elever

15 - une nombreuse famille que luy a laissé ledit

16 - Poirier si vray qu'il ne lui reste plus rien qu'un

17 - mauvais lict et un mauvais coffre qui peuvent estre

18 - de valleur de vingt livres pour les deux objets,

19 - que ses enfans l'ont quittée à la reserve dudit

20 - Pierre Poirier qui a epousé laditte

21 - Françoise Moreau qui apres leurs mariage

22 - onts resté avec laditte Marie Lauverjon

23 - mais à condition qu'ils ne contracteroient

24 - point ensemble aucun droit de

25 - communauté ; pour quoy les partyes

26 - declarent quelques demeurent qu'ils ayent

27 - faitte ensemble par le passé et puissent

28 - faire à l'avenir ils n'ont entendeu ni

29 - n'entendent acquerir aucun droit de

30 - communauté, sçavoir laditte Marie

31 - Lauverjon avec lesdits Pierre Poirier

32 - son fils et laditte Françoise Moreau sa

33 - bru, et lesdits Pierre Poirier et laditte

34 - Françoise sa femme avec laditte

35 - Marie Lauverjon leur mere et

36 - belle mere ; que si laditte Marie Lauverjon

37 - a resté et reste encore avec eux c'est par

38 - charité et par la reconnoissance qu'un bon fils

39 - doit à une mere qui n'est plus en estat de

40 - de gaigner sa vie à cause de son infirmité

41 - et caducité (3) ; de tout ce que dessus

42 - les partyes nous onts requis le

43 - present acte que nous leur

44 - avons octroyé pour leur servir

45 - en temps et lieu ce que de

46 - raison. Car ainsy & promettant

47 - promettant & obligeant & renonceant

48 - & fait lu et passé les an et jour que

49 - dessus et onts les partyes declarez ne

50 - scavoir signer d'eux enquis et interpellez

51 - soit controllé.

 

Brossard (4) - Bonnet (5)

 

52 - Controllé et insinué à Donzy ce

53 - vingt cinq juin 1760. R[eçu] : (3 s[ols] 6 d[eniers])

54 - Dagot

 

 

Notes et vocabulaire

(0) - Par convention et pour en faciliter la lecture, le texte original a subi diverses retouches : ajout de majuscules aux noms propres, accents, apostrophes et autres signes de ponctuation indispensables à la compréhension ; développement des abréviations ; suppression des majuscules superflues ; séparation des mots accolés... En revanche, l'orthographe n'a pas été corrigée. Les mots entre parenthèses sont incertains.

(1) - nottaires : Jean-Baptiste Bonnet n'est plus seul sur la place de Châteauneuf. Gaspard Brossard lui est apparemment associé de loin en loin.

(2) - Jean Poirier : Manoeuvre décédé depuis une vingtaine d'années ; le couple s'était marié, à Châteauneuf, le 27 avril 1725 (CGHN-M).

(3) - caducité : Dégénérescence de la vieillessse.

(4) - Brossard : Originaire de Beaumont-la-Ferrière, Gaspard Brossard (1731 / 1799) est un marchand de bois aisé. C'est à la suite de son mariage, en 1752, qu'il s'est installé dans une des maisons du bourg de Châteauneuf, où il dispose d'un personnel domestique. Il figure au nombre des notables locaux. Quelques années plus tard, les registres mentionnent ses fonctions de notaire et de procureur fiscal (officier de justice, c'est-à-dire le pendant, à l'échelon seigneurial, du procureur du roi). C'est l'un des plus gros contribuables castelneuviens.

(5) - Bonnet : Né à Cessy-les-Bois, descendant d'une famille d'officiers seigneuriaux, le notaire Jean-Baptiste Bonnet (1710 / 1801) est certainement, au XVIIIe siècle, le plus en vue des notables de Châteauneuf. A l'exception d'une période de dix ans, pendant laquelle il habite à Nevers, paroisse Saint-Etienne, il y réside la plus grande partie de sa vie, dans une maison située face à l'église. Il connaît une longue et belle carrière, occupant successivement ou simultanément diverses fonctions : notaire royal, juge, fermier de la châtellenie de Châteauneuf, procureur fiscal, bailli de La Celle-sur-Nièvre, conseiller du roi, commissaire aux saisies réelles du Nivernais... Son petit-fils, Louis Bonnet, sera le premier maire de Châteauneuf.

 

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 Page créée le 10 octobre 2010. Dernière mise à jour le 4 mars 2012.

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