Châteauneuf, 1757 - Vente d'un terrain à bâtir au Moulin, Châteauneuf, sur lequel ne subsiste qu'une maison en ruine. Les vendeurs, comme l'acheteur, sont de simples manoeuvres. Le montant de la transaction s'élève à 33 livres, plus 1 livre et 13 sols de "pot-de-vin".

L'acte ressuscite la "commune" du Moulin (terres dont l'usage appartient à l'ensemble des habitants) ainsi qu'un "grand chemin", n'existant plus aujourd'hui, qui mène du Moulin au Château. Le nom du seigneur se trouve confirmé : il s'agit de François-Gabriel de Morogues, seigneur de Fonfaye, se partageant sans doute le Moulin avec les chartreux de Bellary. (0)

Cote : 3 E 8 / 8 - Minutes du notaire J.-B. Bonnet (Châteauneuf-Val-de-Bargis)

 

Emplacement supposé de la maison en ruine.

 

1 - Ce jourd'huy trantieme jour du mois de may mil

2 - sept cent cinquante sept pardevant le no[tai]re

3 - au duché de Nivernois resident au

4 - bourg de Chateauneuf au val de

5 - Bargis furent presents en leurs personnes Jean et

6 - Joseph Ravisé maneuvres demeurants au village

7 - de Fonfaye paroisse dudit Chateauneuf lesquels

8 - de leurs grez et volontez sans force ni contrainte

9 - conjointement et solidairement l'un pour l'autre

10 - un d'eux seule pour le tout onts reconneu et

11 - confessé avoir vendeu ceddé quitté delaissé

12 - et transporté, et par ses presentes il vend

13 - cedde quitte delaisse et transporte avec promesse

14 - de garentir à peine &c (1); à Antoine Merle (2)

15 - aussy manoeuvre demeurant au village

16 - du Moulain paroisse paroisse dudit Chateauneuf

17 - present stipulant et acceptant, tant pour

18 - luy sa femme leurs oyrs (3) et ayant cause (4)

19 - au temps et à venir. C'est à sçavoir une place

20 - ou il y avoit enciennement une maison de present

21 - en ruine provenant de l'heredité de deffunte

22 - Magdelaine Lamy veuve de deffunt Loup

23 - Front leurs grands pere et mere, scituée

24 - au village du Moulain finage (5) dudit Chateauneuf

25 - tenant du levant (6) à la comune (7) du village du Moulain

26 - du couchant au grand chemain qui conduit de

27 - Nannay à Cessy du midy à la maison de l'acquereur

28 - le grand chemain qui conduit du village du Moullain

29 - à celluy du Chateau (8) entre deux et du sep[tentri]on aux

30 - à la cour commune de Claude Perrot la Montagne

31 - et aux heritiers Pierre Guiber. La presente vente ainsy

32 - faitte franche et quitte de touttes dettes charges

33 - hipotecques et generallement de tous empaichements

34 - quelconque, sauf les cens et rente (9) duë au seigneur

35 - de Fonfaye (10) à l'avenir quitte des arrerages du passé

36 - jusqu'à ce jour, et en outre pour et moyenant

37 - le prix et somme de trante trois livres ; laquelle

38 - somme a esté presentement et comptant payée

39 - par led[it] acquereur ausd[its] vendeurs en especes monaye

40 - ayant cours dans ce royaume, dont ils

41 - sont comptants (11) et onts quitté et quitte

42 - ledit acquereur et tous autres ; au moyen de

43 - quoy ce sont lesdits vendeurs demis

44 - devesteu et desaisy du fond et proprieté de

45 - laditte place de maison pour et au proffit

46 - dudit acquereur qu'ils ont vesteu saisy et

47 - mis en bonne et paisible possession reelle

48 - et actuelle comme de sa propre chose

49 - loyallement acquise et bien payée et

50 - onts esté les vins beu (12) au sol la livre (13) entre

51 - les partyes pour raison de la presente

52 - vente. Car ainsy & promettant &

53 - obligeant & renonçant & fait en presence

54 - du s[ieu]r Gaspard Brossard (14) marchand et de

55 - Jean Picollet (15) marguiller (16) temoins dem[euran]ts

56 - au bourg dud[it] Chateaun[eu]f qui onts

57 - signez les dittes partyes ayant declarez

58 - ne le sçavoir d'eux (17) enquis et interpellez

59 - soit con[trô]lé et insinué (18).


Brossard - Bonnet
(19)

 

60 - C[ontrô]llé et insinué à Donzy le 2 juin 1757

61 - R[eçu] : 18 s[ols]. Dagot

 

 

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Notes et vocabulaire

(0) - Par convention et pour en faciliter la lecture, le texte original a subi diverses retouches : ajout de majuscules aux noms propres, accents, apostrophes et autres signes de ponctuation indispensables à la compréhension ; développement des abréviations ; suppression des majuscules superflues ; séparation des mots accolés... En revanche, l'orthographe n'a pas été corrigée. Les mots entre parenthèses sont incertains.

(1) - à peine &c : A peine etc. : à peine de dommages et intérêts.

(2) - Antoine Merle : Douze ans plus tôt, le même homme a fait l'acquisition d'une maison au Moulin, du même côté du "grand chemin".

(3) - oyrs : Hoirs ; héritiers.

(4) - ayant cause : Personne qui tient un droit d'une autre personne.

(5) - finage : Territoire relevant d'une communauté d'habitants, étendue d'une juridiction ou d'une paroisse.

(6) - levant ... couchant... midy... septentrion : Est, ouest, sud, nord ; une pièce de terre se définit par celles qui l'entourent aux quatre points cardinaux.

(7) - comune : Communaux ; terres dont la communauté des habitants du hameau détient l'usage (et le seigneur la propriété), surtout utilisées à la pâture du bétail. La commune apporte de précieuses ressources : elle donne son fourrage, son bois de chauffage ou son bois d'oeuvre, ses liens pour la moisson, ses osiers pour la vannerie, sa loche pour les toits, ses herbes pour la litière. La commune permet au malheureux sans propriété de ne pas mourir de faim, d'entretenir une vache ou quelques brebis, d'économiser quelques livres pour payer la taille. (Les Paysans de la Bourgogne du nord au dernier siècle de l'Ancien Régime - Pierre de Saint-Jacob)

On imagine que la commune du Moulin englobe l'étang du Pousseau.

(8) - grand chemain qui conduit du village du Moullain à celluy du Chateau : C'est la première fois qu'est mentionné ce "grand chemin", qui ne figure d'ailleurs pas sur le cadastre de 1826. On imagine qu'il s'agit du chemin menant au Champ St-Hippolyte ; ce chemin paraît donc avoir alors une réelle importance, puisqu'il est qualifié de "grand", et se prolonger, via le Pressour, jusqu'au Château ; de ce chemin, il ne reste aujourd'hui que les deux extrémités : le tronçon conduisant à l'étang et une impasse côté Pressour.

André Devallière témoigne : Je me souviens très bien avoir rejoint CVB à pied à partir du Moulin à travers champs par le nord du Château, en vertu du principe du « chemin le plus court d’un point à un autre »…. pour aboutir tt droit sur la RN, par la petite route goudronnée actuelle sortant du hameau, et traversant ensuite la Nationale pour longer la Chaume... Mon souvenir est celui d’un sentier étroit mais très marqué et traversant les cultures du « Patis » alors en blé dont les épis arrivaient à hauteur de mes yeux !!!............. Le chemin de l’étang (et avant, : de la fontaine/lavoir) me semble en effet en être l’amorce. C’est donc un tracé « au large » du Chemin de St Hyppolite qui se termine aujourd’hui en impasse en haut du Pressour. Ce chemin du St Hyppolite en carrefour au milieu du Pressour, aujourd'hui en cul de sac de montée, se poursuivait ensuite dans la descente, desservait les champs situés dans le creux de la vallée, rive gauche de la Syllandre. Je n'ai pas dit qu'il rejoignait le Chateau : je l'ignore. Peut être rejoignait-il le tracé direct entre la fontaine du Moulin et le nord du Chateau que je mentionnais Selon tte vraisemblance, le sentier, en général, n’a pas survécu au remembrement des années 50, simultanément à son usage piétonnier, déjà bien caduc. Ce sentier, donc, et quasiment tous les autres.

(9) - cens et rente : Redevances dues au seigneur (ici : de Fonfaye).

(10) - seigneur de Fonfaye : Il semble que le seigneur de Fonfaye, François-Gabriel de Morogues, et les chartreux de Bellary se partagent alors les terres du Moulin. Il est à noter que les vendeurs habitent à Fonfaye.

(11) - comptants : Lire "contents".

(12) - ont esté les vins beu : On trinque, vraisemblablement, une fois le marché conclu - d'autant plus que l'acte est parfois signé au cabaret - mais les "vins" dont il est question ici correspondent en fait à une somme d'argent qui se donne par manière de présent au-delà du prix qui a été convenu pour le marché (ici : 1 livre 13 sols).

(13) - au sol la livre : Au prorata.

(14) - Gaspard Brossard : Originaire de Beaumont-la-Ferrière, Gaspard Brossard (1731 / 1799) est un marchand de bois aisé. C'est à la suite de son mariage qu'il s'est installé dans une des maisons du bourg de Châteauneuf, où il dispose d'un personnel domestique. Il figure au nombre des notables locaux. Quelques années plus tard, les registres mentionnent ses fonctions de notaire et de procureur fiscal (officier de justice, c'est-à-dire le pendant, à l'échelon seigneurial, du procureur du roi). C'est l'un des plus gros contribuables castelneuviens.

(15) - Jean Picollet : Châteauneuf compte à l'époque trois familles Picolet : une famille de drapiers, une famille de charbonniers et une famille de marchands et de gens de loi. C'est à la famille de charbonniers que se rattache Jean Picolet, manoeuvre, charbonnier, marguillier. Comme son homonyme aubergiste-cabaretier, Jean Picolet appose assez souvent, lui aussi, sa signature sur les actes du notaire Bonnet.

(16) - marguiller : Marguillier : laïc chargé de la garde et de l'entretien de l'église.

(17) - d'eux : Lire "de ce".

(18) - insinué : Inscrit dans un registre prévu à cet effet.

(19) - Bonnet : Né à Cessy-les-Bois, descendant d'une famille d'officiers seigneuriaux, le notaire Jean-Baptiste Bonnet (1710 / 1801) est certainement, au XVIIIe siècle, le plus en vue des notables de Châteauneuf. A l'exception d'une période de dix ans, pendant laquelle il habite à Nevers, paroisse Saint-Etienne, il y réside la plus grande partie de sa vie, dans une maison située face à l'église. Il connaît une longue et belle carrière, occupant successivement ou simultanément diverses fonctions : notaire royal, juge, fermier de la châtellenie de Châteauneuf, procureur fiscal, bailli de La Celle-sur-Nièvre, conseiller du roi, commissaire aux saisies réelles du Nivernais... Son petit-fils, Louis Bonnet, sera le premier maire de Châteauneuf.

 

 

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 Page créée le 16 juillet 2010. Dernière mise à jour le 3 mars 2012.

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