Châteauneuf, 1750 : Donation entre vifs dans une famille de maréchaux-ferrants, les Girault. Ceux-ci vivent dans ce quartier aujourd'hui dénommé le bas du bourg mais qui en est à l'époque le coeur (le haut de Châteauneuf se résumant alors à quelques maisons éparses).

Vieillissants, les parents Girault se défont d'une partie de leurs biens au bénéfice d'un de leurs fils et de sa femme, avec lesquels, d'ailleurs, ils cohabitent au sein d'une communauté. La donation porte sur la "boutique", c'est-à-dire l'ensemble des outils utiles à la profession de maréchal - évaluée à 30 livres -, et le petit atelier dans lequel cette "boutique" est installée - évalué à 40 livres. L'atelier est appuyé à la maison familiale. Cette maison est désignée par une croix ci-dessous. (0)

Cote : 3 E 8 / 6 - Minutes du notaire Jean-Baptiste Bonnet (Châteauneuf-Val-de-Bargis)

 

 

1 - Ce jour d'huy treizieme jour du mois de novembre

2 - mil sept cent cinquante apres midy et pardevant

3 - le notaire au duché de Nivernois resident au bourg

4 - de Chateauneuf au val de Bargis furent presents

5 - Louis Girault marechal demeurant au bourg

6 - dudit Chateauneuf et Edmée Parque sa femme

7 - procedante à son authorité qui luy a prestée et

8 - par elle acceptée, lesquels volontairement

9 - onts declaré en notre presence et celle des temoins

10 - dont sera cy appres parlé qu'en consideration

11 - et voyant qu'ils sont dans un age tres avensés (1)

12 - et hors d'etat de gaigner leurs vies et en

13 - reconnoissance des bons soins qu'ils onts reçu

14 - et reçoivent journellement de Claude Girault (2)

15 - et Jeanne Mulot sa femme demeurants avec eux

16 - au bourg dudit Chateauneuf, ils leurs onts

17 - donné et donne des à present par preciput (3) à tous

18 - leurs autres enfans la boutique à marechal (4)

19 - garnis de tous ses outils, ensemble la petitte

20 - chambre ou laditte boutique est placée

21 - à present au bourg dudit Chateauneuf et qui

22 - tient du levant (5) à la maison dudit Girault,

23 - du couchant à la grange des Gaignepain,

24 - du midy à une petitte grange dudit Girault,

25 - et du septentrion à la fontaine de Vif (6). La presente

26 - donnation ainsy faitte par lesdits Louis

27 - Girault et sa femme auxdits Claude Girault et sa

28 - femme sans que leurs autres enfans leurs

29 - puissent precompter sur leurs effets

30 - apres leur deceds et en reservant seulement la

31 - jouissance leur vie durand, et onts evallué

32 - laditte boutique la somme de trante livres

33 - et la petitte chambre celle de quarante livres ;

34 - de laquelle donnation lesdits Claude Girault

35 - et sa femme onts tres humblement remercié

36 - leurs dit pere et onts promis en avoir soin

37 - pendant leur vie comme de bons enfans

38 - doivent faire envers leurs pere et mere.

39 - Tout ce que dessus a esté stipulé et accepté

40 - par les partyes respectivement car ainsy

41 - & fait en presence de François Picq marchand (7)

42 - et de Jean Picollet praticien (8) temoins demeurant

43 - audit Chateauneuf qui onts signez avec

44 - ledit Louis Girault, les autres partyes

45 - ayant declarez ne le scavoir d'eux enquis

46 - et interpellé soit controllé et insinué (9).

 

Giraut - Pic - Bonnet (10)

 

47 - Con[trô]lé et insinué à Donzy le 19. 9bre

48 - 1750. R[eçu] : 36 sols. Dagot

 

Notes et vocabulaire

(0) - Par convention et pour en faciliter la lecture, le texte original a subi diverses retouches : ajout de majuscules aux noms propres, accents, apostrophes et autres signes de ponctuation indispensables à la compréhension ; développement des abréviations ; suppression des majuscules superflues ; séparation des mots accolés... En revanche, l'orthographe n'a pas été corrigée. Les mots entre parenthèses sont incertains.

(1) - qu'ils sont dans un age tres avensés : Quinze jours plus tard, l'assemblée des habitants, réunie devant l'église, demande que le taux d'imposition de Louis Girault soit révisé à la baisse a cause de son grand age et ses infirmitez. Louis Girault et Edmée Parque se sont mariés le 21.11.1702 à Châteauneuf. Louis Girault décède, toujours à Châteauneuf, le 20.09.1753 à l'âge d'environ 78 ans.

Ci-dessous, la signature de Louis Girault (phénomène peu répandu à l'époque) :

(2) - Claude Girault : Fils de Louis Girault, lui aussi maréchal ; il hérite de la maison familiale quelques années plus tard et prend la succession de son père.

(3) - preciput : Sous le régime de la communauté de biens entre époux, avantage conféré par le contrat de mariage à l'un des époux, généralement au survivant, et consistant dans le droit de prélever, lors de la dissolution de la communauté, sur la masse commune et avant tout partage de celle-ci, certains biens déterminés ou une somme d'argent. (TLF)

(4) - boutique à marechal : Ensemble des outils de l'artisan.

(5) - levant, couchant, midy, septentrion : Est, ouest, sud, nord ; un lieu se définit par ceux qui l'entourent aux quatre points cardinaux.

(6) - la fontaine de Vif : Il s'agit de la source de la Syllandre située dans le bas du bourg, qui en était alors le centre. Vif, dérivé du latin vicus (village), semble d'ailleurs avoir désigné pendant plusieurs siècles le groupe d'habitations constitué autour de la fontaine (on relève Vits, en 1457, Viz, en 1463 mais le plus souvent Vif). L'abbé Charrault, dans son Histoire de Châteauneuf, signale qu'on appelle encore Vif, à la fin du XVIIIe siècle, le pré de la Fontaine de M. Hugon.

(7) - François Picq marchand : Originaire de Beaumont-la-Ferrière, praticien, François Pic, 39 ans, est souvent appelé à contresigner les actes du notaire Bonnet. Aubergiste-cabaretier-boulanger, il exerce son métier en plein bourg - où son établissement se reconnaît à son "bouchon", une branche de feuillages accrochée au-dessus de l'entrée en guise d'enseigne.

(8) - Jean Picollet praticien : Notable local ! Il s'agit de Jean Picolet (~ 1700 / 1773), fils d'un honorable marchand et d'une honneste femme, aubergiste-cabaretier à Châteauneuf mais aussi praticien et procureur fiscal de Nannay, mais aussi manoeuvre et charbonnier.

(9) - insinué : Inscrit dans un acte prévu à cet effet.

(10) - Bonnet : Né à Cessy-les-Bois, descendant d'une famille d'officiers seigneuriaux, le notaire Jean-Baptiste Bonnet (1710 / 1801) est certainement, au XVIIIe siècle, le plus en vue des notables de Châteauneuf. A l'exception d'une période de dix ans, pendant laquelle il habite à Nevers, paroisse Saint-Etienne, il y réside la plus grande partie de sa vie, dans une maison située face à l'église. Il connaît une longue et belle carrière, occupant successivement ou simultanément diverses fonctions : notaire royal, juge, fermier de la châtellenie de Châteauneuf, procureur fiscal, bailli de La Celle-sur-Nièvre, conseiller du roi, commissaire aux saisies réelles du Nivernais... Son petit-fils, Louis Bonnet, sera le premier maire de Châteauneuf.

 

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Page créée le 20 décembre 2007. Dernière mise à jour le 11 mai 2014.

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