Châteauneuf, 1748 - Reconnaissance de rente foncière. Le bénéficiaire est un colporteur "scavoyard de nation" - un étranger, donc, installé à Châteauneuf depuis quelques années. (0)

Cote : 3 E 8 / 5 - Minutes du notaire J.-B. Bonnet (Châteauneuf-Val-de-Bargis)

 

1 - Ce jour d'huy deuxieme jour du mois

2 - de juillet mil sept cent quarente huit avent

3 - midy en l'eteude et pardevant le notaire au duché de

4 - Nivernois resident en la paroisse de Chateauneuf

5 - au val de Bargis fut present en sa personne

6 - Mathieu Hugon tailleur d'habits demeurant

7 - au bourg dudit Chateauneuf lequel de

8 - son gré et volonté sans force ni contrainte

9 - a reconneu devoir promis et s'est obligé de payer

10 - à Jean Baptiste Gaurend (1) scavoyard de

11 - nation (2) marchand forrain (3) demeurant au

12 - bourg dudit Chateauneuf present et acceptant.

13 - C'est à sçavoir la rente (4) annuelle et perpetuelle

14 - de (# : trois) cent cinquante sept livres en principal (5)

15 - portant arrerage (6) de dix sept livres dix sept sols

16 - par chacun an payable au jour et feste de

17 - St Simon et St Jude (7), ainsy que ledit Mathieu

18 - Hugon s'etoit obligé envers Hugon son frere

19 - par acte reçu Dagot et son confrere no[tai]res à la

20 - residence de Donzy controllé et insinué (8) au meme lieu

21 - le vingt huit octobre 1741 et dont l'emolument

22 - a passé audit Jean Baptiste Gaurend par acte

23 - de vente (9) qui luy en a esté faitte par led[it] Pierre

24 - Hugon devant le juré soussigné du dix sept

25 - juin mil sept cent quarente sept controllé

26 - à Donzy le vingt dudit mois par Dagot

27 - et à ce moyen led[it] Mathieu Hugon confesse

28 - estre debiteur envers ledit Jean Baptiste

29 - Gaurend de laditte somme de trois

30 - cent cinquante sept livres en principal

31 - dont il promet payer les arrerages aud[it]

32 - Gaurent d'annez en annez jusqu'au rachapt

33 - estinction et amortissement du sort principal (10)

34 - de la ditte rente (#: qu'il poura faire en quatre payements) ; payable icelle rente audit

35 - jour et feste de St Simon et St Jude

36 - et outre ce de maintenir et entretenir lesdits

37 - bastimens et heritages en bon estat affain

38 - que la ditte rente s'i puisse aisement prendre et

39 - percevoir par chacun an tout ainsy qu'il s'y

40 - estoit obligé envers led[it] Pierre Hugon

41 - son frere par led[it] acte susdatté ; au payement

42 - de laquelle rente s'est led[it] Mathieu Hugon obligé

43 - en tous ses biens meubles et immeubles presents

44 - et à venir par special hipotecque lesd[its] heritages

45 - raportez aud[it] acte ; ce qui a esté stipulé

46 - et accepté par les dittes partyes. Car ainsy

47 - & promett[ant] & obligeant & renonçant &

48 - fait en presence et assisté de Jean Picollet (11)

49 - praticien et de Joseph François Picq (12) marchand

50 - demeurant aud[it] Chateauneuf themoins

51 - qui onts signé avec ledit Jean

52 - Baptiste Gaurend, ledit Hugon

53 - ayant declaré ne sçavoir signer de luy enquis

54 - et interpellé soit controllé.

 

Jean-Baptiste Gorrand - Picollet - Bonnet (13)

 

55 - Con[trô]llé à Donzy le treize juillet

56 - 1748. R[eçu] : 48 s[ols]. Dagot

 

 

Notes et vocabulaire

(0) - Par convention et pour en faciliter la lecture, le texte original a subi diverses retouches : ajout de majuscules aux noms propres, accents, apostrophes et autres signes de ponctuation indispensables à la compréhension ; développement des abréviations ; suppression des majuscules superflues ; séparation des mots accolés... En revanche, l'orthographe n'a pas été corrigée. Les mots entre parenthèses sont incertains.

(1) - Jean Baptiste Gaurend : Savoyards de nation, les Gorrand ont quitté leur Savoie natale à la fin du printemps ou au début de l'été 1741. Les raisons de ce départ et du choix de Châteauneuf pour résidence restent à ce jour inexpliqués. A son arrivée dans la Nièvre, la famille se compose d'au moins sept personnes : Jean-Baptiste Gorrand lui-même, 31 ans, ses parents, sa femme, ses trois jeunes enfants et, peut-être bien, un frère, une soeur et un beau-frère. Le plus jeune des enfants, âgé de cinq mois, décède quelques jours plus tard, peut-être victime du périple familial. Mais plusieurs enfants vont naître à Châteauneuf. Evident signe d'intégration, parrains et marraines sont à chaque fois issus de la petite bourgeoisie locale. Fils de marchand, Jean-Baptiste Gorrand est mercier de profession (bisouart - c'est-à-dire colporteur - en 1759). Il est rapidement au nombre de ceux qui constituent, selon l'expression consacrée, la partye la plus sayne des habitans de Châteauneuf. Jean-Baptiste-Gorrand est né le 25 juin 1710 à St-Jean-de-Belleville (Savoie) et est décédé le 22 mars 1774 à Châteauneuf-Val-de-Bargis (Nièvre).

 

(2) - scavoyard de nation : La Savoie ne fait en effet pas partie de la France à cette époque.

(3) - marchand forrain : Etranger.

(4) - rente : Revenu annuel.

(5) - principal : Somme prêtée, donnant lieu à la perception d'intérêts.

(6) - arrerage : Intérêts que l'emprunteur est tenu de verser jusqu'à la restitution du capital.

(7) - jour et feste de St Simon et St Jude : 28 octobre.

(8) - insinué : Inscrit dans un registre prévu à cet effet.

(9) - acte de vente : que l'on trouve ici.

(10) - sort principal : Capital d'une rente ; somme que le débiteur doit verser en un seul paiement au créancier, correspondant à vingt fois le montant de la rente, s'il veut éteindre cette dernière.

(11) - Jean Picollet : Châteauneuf compte à l'époque trois familles Picolet : une famille de drapiers, une famille de charbonniers et une famille de marchands et de gens de loi. C'est à cette dernière que se rattache Jean Picolet (~ 1695 / 1773), notable local dont le frère est le lieutenant de la châtellenie. Il est le fils d'un honorable marchand et d'une honneste femme. Aubergiste-cabaretier à Châteauneuf, Jean Picolet est également, d'un acte à l'autre, praticien et procureur fiscal de Nannay.

(12) - François Picq : Originaire de Beaumont-la-Ferrière, praticien, François Pic, né vers 1709, est souvent appelé à contresigner les actes du notaire Bonnet. Aubergiste-cabaretier-boulanger, il exerce son activité, en plein bourg - où son établissement se reconnaît à son "bouchon", une branche de feuillages accrochée au-dessus de l'entrée en guise d'enseigne.

(13) - Bonnet : Né à Cessy-les-Bois, descendant d'une famille d'officiers seigneuriaux, le notaire Jean-Baptiste Bonnet (1710 / 1801) est certainement, au XVIIIe siècle, le plus en vue des notables de Châteauneuf. A l'exception d'une période de dix ans, pendant laquelle il habite à Nevers, paroisse Saint-Etienne, il y réside la plus grande partie de sa vie, dans une maison située face à l'église. Il connaît une longue et belle carrière, occupant successivement ou simultanément diverses fonctions : notaire royal, juge, fermier de la châtellenie de Châteauneuf, procureur fiscal, bailli de La Celle-sur-Nièvre, conseiller du roi, commissaire aux saisies réelles du Nivernais... Son petit-fils, Louis Bonnet, sera le premier maire de Châteauneuf.

 

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 Page créée le 23 septembre 2010. Dernière mise à jour le 27 février 2012.

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