Châteauneuf, 1747 : Cession d'une rente portant sur des bâtiments et des héritages non précisés mais sans doute situés au bourg de Châteauneuf. L'affaire est conclue moyennant le versement de la somme de 357 livres. (0)

Cote : 3 E 8 / 5 - Minutes du notaire J.-B. Bonnet (Châteauneuf-Val-de-Bargis)

 

1 - L'an mil sept cent quarente sept

2 - le dix sept du mois de juin apres

3 - midy et pardevant le no[tai]re au duché de

4 - Nivernois residant en la paroisse de Chateauneuf

5 - au val de Bargis fut present en sa personne

6 - Pierre Hugon huissier au duché de Nivernois

7 - residant en la paroisse dudit Chateauneuf,

8 - lequel de son gré et volonté sans force ni

9 - contrainte a reconnue et confessé avoir

10 - vendeu, ceddé, quitté et delaissé avec promesse

11 - de garentir à peine de tous depens, domages

12 - et interets à Jean Baptiste Gaurent (1)

13 - savoyard de nation marchand forrain (2) dem[euran]t

14 - au bourg dudit Chateauneuf present

15 - stipulant et acceptant tant pour luy sa

16 - femme leurs oyrs (3) et ayant cause (4). C'est

17 - à sçavoir la rente annuelle fonciere (5) et

18 - perpetuelle neanmoins racheptable et

19 - comme il est porté au contract de

20 - vente receu Dagot à son confrere no[tai]re

21 - royaux à la residance de la ville

22 - de Donzy en datte du vingt huit octobre

23 - mil sept cent quarente un controllé et

24 - insinué (6) audit Donzy le meme jour le

25 - tout en forme et pour par ledit acquereur

26 - jouir de laditte rente tout ainsy et

27 - comme ledit vendeur en auroit put

28 - jouir aux mesme clauses et conditions

29 - portée par la même vente et retrocession

30 - qu'en a faitte ledit Pierre Hugon audit

31 - Mathieu Hugon son frere par le meme

32 - contract cy dessus datté de la rente

33 - de dix sept livres dix sept sols par

34 - chacun an au sort principal (7) de

35 - la somme de trois cent cinquante sept

36 - livres payable au jour et feste de St

37 - Simon et St Jude (8), laquelle rente a

38 - commansé audit jour vingt huit octobre

39 - dernier mil sept cent quarente six

40 - la presente vente ainsy faitte pour et

41 - moyenant le prix et somme de trois cent

42 - cinquante sept livres, de laquelle somme

43 - il en a esté payé auparavent (9) ses presentes

44 - par ledit acquereur aud[it] vendeur la somme

45 - de cent dix sept livres ; reste encore celle de

46 - deux cent quarente livres qui onts esté

47 - presentement et comptant payé en deux louis

48 - d'or et ecuts blancs (10) valleur six livre monoye

49 - ayant cour dans ce royaume à la vüe du

50 - notaire et themoins dont ledit vendeur est

51 - comptant (11) et a quitté et quitte ledit acquereur et

52 - tous autres et à se moyen s'est led[it] vendeur

53 - demis, devesteu et desaisy de la propriété de

54 - la ditte rente pour et au proffit dud[it]

55 - acquereur qu'il a vesteu, saisy et mis en

56 - bonne et paisible possession comme de

57 - sa propre chose loyallement acquise

58 - et bien payée ; et a remy ledit vendeur

59 - aud[it] acquereur une grosse (12) primordial dud[it]

60 - contract pour servir audit acquereur de

61 - priorité d'hipotecque. Car ainsy &

62 - promettant & obligeant & renonceant &

63 - fait les an et jour que dessus presence de

64 - Jean Picollet manoeuvre (13) et de Jean Roy

65 - tailleur d'habits demeurants audit Chateau[neu]f

66 - temoins qui onts signez avec les partyes

67 - led[it] Roy ayant declarez ne scavoir signer

68 - d'eux enquis et interpellé soit controllé.

 

Jean-Baptiste Gorrand - Hugon - Picollet - Bonnet (14)

 

69 - Con[trô]lé et insinué à Donzy le 26 juin

70 - 1747. R[eçu] : six livres treize sols et

71 - trois deniers. Dagot

 

Notes et vocabulaire

(0) - Par convention et pour en faciliter la lecture, le texte original a subi diverses retouches : ajout de majuscules aux noms propres, accents, apostrophes et autres signes de ponctuation indispensables à la compréhension ; développement des abréviations ; suppression des majuscules superflues ; séparation des mots accolés... En revanche, l'orthographe n'a pas été corrigée. Les mots entre parenthèses sont incertains.

(1) - Jean Baptiste Gaurent : Savoyards de nation, les Gorrand ont quitté leur Savoie natale à la fin du printemps ou au début de l'été 1741. Les raisons de ce départ et du choix de Châteauneuf pour résidence restent à ce jour inexpliquées. A son arrivée dans la Nièvre, la famille se compose d'au moins sept personnes: Jean-Baptiste Gorrand lui-même, 31 ans, ses parents, sa femme, ses trois jeunes enfants et, peut-être bien, un frère, une soeur et un beau-frère. Le plus jeune des enfants, âgé de cinq mois, décède quelques jours plus tard, peut-être victime du périple familial. Mais plusieurs enfants vont naître à Châteauneuf. Evident signe d'intégration, parrains et marraines sont à chaque fois issus de la petite bourgeoisie locale. Fils de marchand, Jean-Baptiste Gorrand est mercier de profession (bisouart - c'est-à-dire colporteur - en 1759). Il est rapidement au nombre de ceux qui constituent, selon l'expression consacrée, la partye la plus sayne des habitans de Châteauneuf. Jean-Baptiste-Gorrand est né le 25 juin 1710 à St-Jean-de-Belleville (Savoie) et est décédé le 22 mars 1774 à Châteauneuf-Val-de-Bargis (Nièvre).

(2) - forrain (forain) : Etranger.

(3) - oyrs (hoirs) : Héritiers.

(4) - ayant cause : Personne qui tient un droit d'une autre personne.

(5) - rente annuelle fonciere : Revenu annuel ; il s'agit donc, ici, d'une rente sur un fonds de terre aliéné dont on ne sait rien.

(6) - insinué : Enregistré dans un registre prévu à cet effet.

(7) - au sort principal : Capital de la rente ; somme que le débiteur doit verser en un seul paiement au créancier, correspondant à vingt fois le montant de la rente, s'il veut éteindre cette dernière.

(8) - au jour et feste de st Simon et st Jude : 28 octobre.

(9) - auparavent : Avant.

(10) - louis d'or et ecuts blancs : En 1750, un louis d'or vaut 24 livres et un écu blanc (écu d'argent) 6 livres.

(11) - comptant : Pour "content".

(12) - grosse : Copie d'une décision de justice ou d'un acte notarié comportant la formule exécutoire. Elle est nécessaire à l'huissier pour qu'il remplisse sa mission. Son origine remonterait à l'époque où les commis étaient payés à la page. Ils étaient, bien évidemment, tentés d'adopter un système d'écriture où les lettres étaient plus grosses que de coutume. (Pratique de paléographie moderne - Alain Fournet-Fayard - Publications de l'université de Saint-Etienne)

(13) - Jean Picollet manoeuvre : Châteauneuf compte à l'époque trois familles Picolet : une famille de drapiers, une famille de charbonniers et une famille de marchands et de gens de loi. C'est à la famille de charbonniers que se rattache Jean Picolet, manoeuvre, charbonnier, marguillier. Comme son homonyme aubergiste-cabaretier, Jean Picolet appose assez souvent, lui aussi, sa signature sur les actes du notaire Bonnet.

(14) - Bonnet : Né à Cessy-les-Bois, descendant d'une famille d'officiers seigneuriaux, le notaire Jean-Baptiste Bonnet (1710 / 1801) est certainement, au XVIIIe siècle, le plus en vue des notables de Châteauneuf. A l'exception d'une période de dix ans, pendant laquelle il habite à Nevers, paroisse Saint-Etienne, il y réside la plus grande partie de sa vie, dans une maison située face à l'église. Il connaît une longue et belle carrière, occupant successivement ou simultanément diverses fonctions : notaire royal, juge, fermier de la châtellenie de Châteauneuf, procureur fiscal, bailli de La Celle-sur-Nièvre, conseiller du roi, commissaire aux saisies réelles du Nivernais... Son petit-fils, Louis Bonnet, sera le premier maire de Châteauneuf.

  

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Page créée le 21 juillet 2009. Dernière mise à jour le 26 février 2012.

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